HODLER (F.)


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HODLER FERDINAND (1853-1918)

Peintre suisse (qui, exceptionnellement, fit carrière dans son pays d’origine), né à Berne et mort à Genève, Ferdinand Hodler peut être considéré comme le Puvis de Chavannes helvétique; comme ce dernier, il est un des grands rénovateurs de la peinture décorative monumentale et son art est fortement symbolique, mais il possède une tendance expressionniste proprement allemande. Hodler est d’abord apprenti chez son beau-père, peintre d’enseignes, et ensuite chez un peintre de vues pour touristes — à une époque où n’existaient pas encore les cartes postales; il gagne l’amitié de personnages influents dans le monde artistique et intellectuel, et se lie avec le peintre Barthélemy Menn, qui fut un ami de Delacroix, d’Ingres, de Corot, de Daubigny, et dont il va suivre les cours à l’École des beaux-arts de Genève; grâce à lui, il va connaître la tradition classique française. Grâce à Marcellin Desboutin — artiste et collectionneur français, fixé à Genève depuis 1870 — Hodler découvre l’œuvre d’artistes contemporains ou presque contemporains: Courbet, Manet, Renoir, mais surtout Degas et Puvis. Avec La Nuit , œuvre achevée en 1890, qui marque ses débuts dans la peinture monumentale et symboliste, Hodler va atteindre une réputation internationale. Mal accueilli à Genève, le tableau suscite à Paris un grand enthousiasme: Hodler est élu membre de la Société des artistes indépendants et invité par le mouvement des Rose-Croix à figurer à leur premier salon chez Durand-Ruel. Désormais il expose à Munich (1897), à Venise (1899), à Paris (1900), à Vienne (1904), où il est l’invité d’honneur du mouvement «Secession», et ses grandes compositions lui valent des médailles d’or: Eurythmie (1896, Kunstmuseum, Berne), Le Jour (1899, Kunsthaus, Zurich). Dans son propre pays, il ne sera pas reconnu avant 1901, date à laquelle le musée de Berne achète deux de ses tableaux: Le Jour et Les Désillusionnés (1892) et où il peut enfin exécuter à fresque La Bataille de Marignan . Alors qu’à partir de 1914 la réputation d’Hodler à l’étranger décline, la Suisse continue de l’honorer comme son plus grand peintre moderne. C’est d’ailleurs en Suisse, dans les musées et les collections privées, que se trouve conservée la presque totalité de l’œuvre peint et dessiné de l’artiste, notamment des autoportraits et les effigies de deux femmes qui ont compté dans sa vie: Augustine Dupin et, surtout, Valentine Godé-Darel.

Les premières œuvres de Hodler marquent l’influence de Corot (paysages) ou se situent dans la tradition des romantiques allemands (scènes d’intérieur à l’intimité silencieuse et baignée de lumière). Vers 1885, l’artiste trouve sa voie: «Clarté formelle, simplicité des représentations, répétition des motifs.» Ainsi que bon nombre de ses contemporains, en cette époque d’individualisme forcené, il participe du courant de l’art européen de la fin du siècle, tout en restant un peu isolé, irréductible à une école. Comme celui de Puvis de Chavannes et de Degas — dont l’influence sur Hodler est très évidente — l’art de Hodler est profondément enraciné dans la tradition: les grands maîtres sont pour lui les Florentins, Michel-Ange, Raphaël (une des figures de La Nuit reprend le Diogène de L’École d’Athènes ), Orcagna, Signorelli. Ainsi, les compositions de Hodler ont la clarté et les grands rythmes calmes de celles de Puvis. Mais, à l’héritage des Italiens de la Renaissance s’ajoute chez lui, inévitable pour un artiste suisse, celui de deux grands peintres allemands: Dürer et Holbein (le Christ mort de Bâle, vu en 1876, le marquera toute sa vie; Hodler, qui sera toujours hanté par le thème de la mort, s’en souviendra lorsqu’il peindra Valentine Godé-Darel sur son lit de mort). Il leur doit sa volonté expressionniste et son réalisme incisif, deux éléments absents de l’art de Puvis et qui apparentent Hodler à un artiste comme Klimt dont il n’a pourtant pas la sensualité; on ne trouve en effet pas chez Hodler cette idée, chère à Klimt et à la plupart des artistes «Art nouveau», de la femme créature voluptueuse et satanique. Avec Klimt et les Viennois, l’art de Hodler a encore en commun une certaine tendance décorative: ses compositions se présentent le plus souvent comme un assemblage de figures immobilisées dans des attitudes rythmiques et dont les gestes se répondent, de façon à créer une symétrie (mais cette symétrie a pour l’artiste une signification symbolique: elle résume l’unité du monde et l’ordre qui régit la nature, tout comme la couleur qui a pour Hodler un rôle plus expressif que décoratif). Cette tendance décorative est en outre accentuée par une perspective plane, surtout dans Les Désillusionnés et Eurythmie .

Chez Hodler cependant, le traitement linéaire est parfois en conflit, comme dans L’Amour (1898-1899, coll. Josef Muller, Solothurn), avec la volonté de modeler plastiquement les volumes du corps humain. Ce conflit est particulièrement sensible dans ses dessins (Hodler fut un dessinateur infatigable et on connaît de lui environ 900 dessins, sans compter 230 albums de croquis conservés au musée de Genève), où l’association du cerne délimitant les formes et des hachures parallèles subdivisant le volume interne en facettes multiples préfigure l’œuvre dessiné d’Alberto Giacometti, son compatriote. Enfin, par son idéalisme, qui lui fait voir en l’art un moyen d’édification, et non plus, à l’instar des impressionnistes, de simple délectation, et par son attitude à l’égard de la nature, considérée seulement comme une source de symboles, Hodler se rapproche d’artistes, par ailleurs très différents, comme Redon et Toorop, eux aussi invités par les Rose-Croix, et encore, comme Van Gogh, Munch, Ensor. Dans ses paysages des montagnes suisses et du lac de Genève, remarquables par la simplicité de la mise en page et la force évocatrice de la couleur, Hodler part d’un réalisme expressionniste, comme dans l’admirable Soir d’automne (1892, musée de Neuchâtel), pour aboutir à une vision de plus en plus abstraite et cosmique, avec L’Eiger, le Mönch et la Jungfrau au clair de lune (1908, coll. Josef Muller, Solothurn) dont la technique annonce l’art de Rothko.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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